28 juin 2017

les ailes reculées au sternum
ton image s’agrandit
une roche à la seconde

(Annie Lafleur, Bec-de-lièvre)

 

***

 

Les cicatrices rougissent quand on pose les doigts dessus et qu’on avance, qu’on recule, qu’on les décolle doucement de leur confort. Comme le ciel, la peau vit ses cycles de couleurs, passe du rouge au blanc au rose au rouge, au blanc.

Les mains en étoiles sur le sternum, je me demande : quelle image de moi suis-je en train d’agrandir? Quels os, quelle eau suis-je en train de décalcifier seconde par seconde, malo po malo?

J’ai versé du lait dans mon thé rouge; il a viré au blanc.

13 juin 2017

les ailes reculées au sternum
ton image s’agrandit
une roche à la seconde

(Annie Lafleur, Bec-de-lièvre)

 

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Qu’est-ce qui se cache derrière le sternum? Dans mon cas, un cœur dont on a creusé un nid dans le béton; quelques tie wraps visibles sur les radios; et surtout, un corps étranger.

Et je ne suis pas la seule. Chacun.e d’entre nous en garde un, étranger, dans cette cache qu’est la cage thoracique, derrière les ailes repliées du rêve : une image précieuse, un scénario de soi en boucle, un sentiment sculpté dans l’os. Ce corps de métal lourd comme un téléphone intelligent fait se courber les épaules. Comme si voler – à la manière des oiseaux ou des roches, peu importe – n’était pas une option.