23 janvier 2018

Je me sais belle et charmeuse et à un angle irrésistible de ma vie. Je tiens en main tous les instants futurs.

(Aude Seigne, Chroniques de l’Occident nomade)

 

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J’en ai assez, de charme et de superpouvoirs. J’en ai assez, d’âge pour savoir que tous les instants futurs m’échappent et prennent l’avion parfois sans, parfois avec moi, assis près du hublot à regarder les maisons et les voitures disparaitre lentement de nos préoccupations. J’en ai assez, du stress des autres qui me colle au fuselage comme une couche de verglas.

Pétrifiée par la glace, je ne tiens rien du tout en main, sauf un passeport, même pas encore de carte d’embarquement. Et c’est toute ma vie que je tiens en main.

 

12 décembre 2017

Partir est le meilleur moment.

(Aude Seigne, Chroniques de l’Occident nomade)

 

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Partir, arriver, marcher entre les deux… Du quartier du petit bébé à celui de la fontaine sèche, trouver la vie improbable comme un hameçon de métal reçu en pleine tronche lors d’une balade venteuse. Se rappeler le mot venteux (ruzgarlı) et le balancer à sa camarade qui le mime devant la classe. Attraper des anchois, hamsi, avec sa coupe de champagne Mouette penchée.

Le meilleur moment est toujours celui de la rencontre; partir en est une, de rencontre, entre celleux qui tiennent le cœur laissé et celle qui part avec le cœur laissant.

29 novembre 2017

Je me sais belle et charmeuse et à un angle irrésistible de ma vie. Je tiens en main tous les instants futurs.

(Aude Seigne, Chroniques de l’Occident nomade)

 

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Je tiens en main ma tasse de thé vert, yeşil çay, après l’avoir remplie à l’aide de ma cezve, ô sacrilège – mais il n’y a pas de sacrilège qui tienne pour qui se trouve à un angle irrésistible de sa vie, les bottines sarajéviennes sales à force de traverser les rues n’importe comment, la bouche pleine de microconversations dans une langue dont les mots se tracent facilement, rondement, et les yeux qui crient : je suis A/aimée quelque part.

Les instants futurs importent peu; pour l’instant, c’est le quotidien doux-amer qui me porte et que je porte aussi, couverture tissée par les notes des muezzins et les flèches que tracent les voitures, arabalar, et les mouettes, kuşlar.