20 février 2018

On dit toujours qu’il faut être enraciné quelque part, je suis convaincue que les seuls êtres qui aient des racines, les arbres, préféreraient ne pas en avoir. Ils pourraient alors prendre l’avion, eux aussi

(Barbara Cassin, Nostalgie)

 

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Comme tout.e humain.e sur cette terre, je ne sais pas jusqu’où vont mes racines. Je les imagine traverser la planète d’un côté à l’autre, en passant par la chaleur du magma et le froid des océans. Surtout, je les vois prendre au passage quelques poissons dans leurs mailles, dans leurs nœuds qui les lient à d’autres humain.e.s. Mes racines sont des bras qui dégagent, enserrent, libèrent.

Partout où je vais, j’ai le visage de celle qui est d’ici. J’ai le visage de celle qui a oublié, le nom de celle à qui on a transmis quelque chose qui s’est perdu – Aimée, Emi, Emine. Et comme mes racines sont larges et lâches, je prends l’avion pour aller le chercher.

15 janvier 2018

On dit toujours qu’il faut être enraciné quelque part, je suis convaincue que les seuls êtres qui aient des racines, les arbres, préféreraient ne pas en avoir. Ils pourraient alors prendre l’avion, eux aussi.

(Barbara Cassin, Nostalgie)

 

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Hier, j’étais enracinée à mon passé, à extirper des trésors de mon entrepôt. Poisson du Grand Nord canadien enraciné à sa glace, que je touche banquise ne m’empêchera pas de dériver. Ni la lumière de dériver sur moi, par ailleurs, et de me cacher dans mille éclats de verre.

Un arbre assis dans un avion, un poisson fixé dans le bois, que dois-je être? Un oiseau aux plumes chassées sous une douche brulante. Et qui en ressortira aussi doux et chaud qu’un chat, la queue en fil électrique, point d’exclamation avec à son extrémité un adaptateur universel.

24 octobre 2017

On dit toujours qu’il faut être enraciné quelque part, je suis convaincue que les seuls êtres qui aient des racines, les arbres, préféreraient ne pas en avoir. Ils pourraient alors prendre l’avion, eux aussi.

(Barbara Cassin, Nostalgie)

 

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Le petit vent d’avant la pluie passe, les branches des arbres se secouent dans un bruit de maracas, elles toutes contentes de laisser quelques feuilles voler de leurs propres… ailes, et aller s’enraciner ailleurs, de l’autre côté d’une frontière invisible de haut : limite du terrain entre deux pelouses sur lesquelles on n’aère pas la terre de la même façon.

Parce qu’il y a la gravité, on finit tou.te.s par s’enraciner, parfois seulement d’un côté, parfois seulement du bout des doigts. Et on continue, et je continue, à marcher en rond autour de ma petite terre, boitant un peu mais la tête haute, pour voir les couleurs qui couronnent mon ciel.