16 mars 2018

[…] je ne suis pas un accent je suis une histoire et j’habite un tiroir à double fond.

(Hélène Frédérick, « tiroir », plans sauvages)

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Je suis une histoire qui se déroule et s’enroule à ses propres rythmes. Je suis l’accent du thé vert vietnamien siroté trop tôt dans un lit de prenses, un matin où pour une fois les possibilités ne se bousculent pas à ma fenêtre. Je n’entends que le trémolo des trajectoires, j’y ajoute la vibration des notes grillées.

Je dors sur un lit à double fond, sur la cale où repose le début de mon histoire, celui qui brule et qui fait avancer. Ma beauté est celle de la sirène qui trouble la mer et le sommeil – ou encore celle de deux chaises presque dos à dos, qu’on dirait tristes mais non, regarde bien, iels les ont repoussées pour s’embarquer ensemble, vite, tout de suite.

*** Photo d’Ara Güler (Akşamüstü Kandilli’den Kalkan bir Boğaziçi vapuru, 1965) vue au İstanbul Modern Sanat Müzesi.

11 mars 2018

sur le trottoir

le beau

appelle

demain

(Hélène Frédérick, « signe », dans plans sauvages)

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Je connais les histoires qui ne durent qu’une journée, celles qu’on sue la nuit et qui n’ont plus de couleurs ni de relief le lendemain. Je connais aussi celles qui s’éternisent et qui s’interrompent sous une chape de brouillard – un long blanc entre deux rondes, une journée sans vapur.

La vie est un trottoir où seule marche l’improvisation : je mets un problème par ici, une faille par là, je jette un mégot qu’un homme balaiera la nuit, et tout recommencera dans le désordre, ou plutôt dans un ordre dont demain décidera. Le beau appelle, il n’attend pas, ne t’inquiète pas.