6 mars 2018

Suppose que tu n’existes pas, et sois libre.

(Omar Khayyam)

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C’est mon mantra de ce matin alors que mon otobüs éclabousse au passage l’arrêt Ömer Hayyam. Supposer que je n’existe pas pour cesser de me sentir si importante, racine de ma culpabilisation perpétuelle. Car c’est en m’oubliant ainsi hier, derrière une rangée de bouteilles turques et de leurs notes fruitées et cuirées, que j’ai pu devenir moi aussi liquide, stable, déposée…

libre. Je ne saurai jamais ce que signifie ce mot si je n’essaie pas de l’être. D’incarner quelque chose entre la liqueur et la lie, comme des feuilles dans un verre. Tout, tout pour ne plus être le verre.

15 décembre 2017

Suppose que tu n’existes pas, et sois libre.

(Omar Khayyam)

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Cette phrase a habité chaque instant de mon şekerleme, ma sieste-confiserie du vendredi : quand j’oublie que j’existe, et cela inclut la constellation de routes achalandées de problèmes que je transporte autour de ma tête, je suis libre. J’ai la possibilité de creuser de nouveaux tunnels connectant une de mes villes à une autre, mais j’ai surtout la possibilité que ces tunnels se creusent tout seuls pendant mon sommeil.

Je suppose qu’Aimée n’existe pas et qu’il n’y a que l’amour qui existe. Aucun Nom : que des noms. Et un vent rempli de poussière qui sucre nos peaux.

3 juillet 2017

Suppose que tu n’existes pas, et sois libre.

(Omar Khayyam)

 

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Et si tu n’existais pas / J’essaierais d’inventer l’amour. Et je réussirais, comme toujours, à créer l’amour pour les lumières la nuit, les chatons aux griffes piquantes, les personnes aux yeux humides… dont moi. Mais je triche; là n’est pas la question. Si moi, je n’existais pas, comment pourrais-je continuer d’aimer ce qui doit être aimé?

Ce qui doit être aimé le sera. J’inspire sur le pont Festina lente, librement travers(é)e par la brise, et j’ai confiance en l’air, en sa vitesse… et en les êtres humains.

Soyons le vent qui spirale sur les ponts. Et qui laisse ses rides sur la rivière.

 

20 juin 2017

Suppose que tu n’existes pas, et sois libre.

(Omar Khayyam)

 

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Ce matin j’entre dans la vie comme dans un jeu. C’est plus simple quand on est en voyage – le voyage n’est-il pas après tout qu’un grand jeu? Ailleurs le je est une silhouette portant un point d’interrogation, l’occasion de toutes sortes de constructions et déconstructions… dont on n’est que rarement maitre.sse.

Plutôt que de sentir la lourdeur de cette autre assignation imposée, assignation à un cadre différent de celui auquel on me cloue dans mon pays d’origine, je préfère voir l’étendue vertigineuse des possibilités : qu’est-ce que je ferais si je n’étais pas moi?

En d’autres mots, qu’est-ce qui est à faire ici?