30 janvier 2018

le corps est une ouverture dont le centre est dehors

(toino dumas, animalumière)

 

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Je m’équipe lentement – une jolie tasse avant un lit, des couteaux-qui-coupent-pas avant un allume-feu. Je laisse la fenêtre ouverte pour aérer les pensées qui m’ont occupée pendant la douche, je laisse mon estomac ouvert mais il refuse; malgré tout je trouve que mon centre est bien, bien là où il est, je ne sais pas où mais bien.

Pourtant la solitude sans objet(s) me rattrape constamment, metrobüs bondé qui n’attend pas l’autre pour fondre et m’accrocher au passage de son rétroviseur, un tas de passé sur roues qui file à travers la ville – et à travers mon gosier, dont le centre est dehors.

18 janvier 2018

cueillir quinze constellations pour les thés d’hiver / cueillir six mois de conversations et moudre chaque jour en farine / mille moyens pour se garder lumineuses et terroristes au sein des villes

(toino dumas, animalumière)

 

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Me sentir terroriste au sein des déjeuners et des constructions de compagnies. Cueillir quinze constellations de raisin ou de feuilles de thé pour l’hiver vert de Grice à venir. Me garder aussi lumineuse que la ville qui m’attend, aussi exceptionnelle que le crochet de son avion au-dessus de la mer de Marmara.

Mes mantras se mélangent comme autant de substances aimées à la table et sous la couette, mais j’arrive tout de même à assembler mes paires de bas, à les rouler et à en faire une pile à messages, Jenga style.

3 aout 2017

le corps est une ouverture dont le centre est dehors

(toino dumas, animalumière)

 

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Trouver son centre alors qu’on est entouré.e de gens. J’apprends à le demander, mon centre, et à le prendre quand on me l’offre. Je suis de celleux qui ont besoin de lever les yeux au ciel l’instant de prendre une photo et de se gaver de rose, de mauve, de jaune. Je suis de celleux qui écoutent de loin et qui se nourrissent des mots surpris dans les bouches nouvelles : patlıcan, vişne, börek.

Mais comme j’apprends que le temps partagé est aussi une voie directe vers mon centre, celui qui se trouve à la fois dedans et dehors, j’apprends à offrir une bouchée de ce centre aux autres. Car nos petites ouvertures réunies forment une brèche par laquelle le monde s’écoule… et se retrouve.

27 juin 2017

cueillir quinze constellations pour les thés d’hiver / cueillir six mois de conversations et moudre chaque jour en farine / mille moyens pour se garder lumineuses et terroristes au sein des villes

(toino dumas, animalumière)

 

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Dormir dix heures bercée par les vapeurs de l’été. Cueillir les mirages sur l’asphalte, l’espièglerie des chatons errants, la bouteille d’eau sur le tepih, et en faire des rêves où les visages ne sont pas les mêmes que ceux du jour : les yeux écarquillés pour tout capter de la nuit, des reflets jaune orangé sur la peau, des constellations de cannelle sur les lèvres.

La nuit est gratuite, comme l’est la beauté. Mon terrorisme du jour? Saupoudrer de la lumière aux yeux du monde. Parce que même si le soleil fait fondre le bitume, nous, humain.e.s, ne sommes jamais assez liquides.